Poème de Lucien Maupas (1917-2010)

sur Viessoix

 

Souvenirs de garde pendant l'Occupation, le 21 janvier 1944

Assurant son tour de garde de la voie ferrée, au Pont de la Ritière, à Viessoix

 

Oh pont majestueux au fond de la vallée,
Mélancolique ami de nombreuses veillées,
Témoin de tant d’heures, dans l’attente, écoulées,
Tu soutiens toujours l’infernale voie ferrée!

Nonchalamment appuyé sur ta muraille impartiale,
Je me vois rêvant, la nuit, sous la bise glaciale,
Dans le long profil de cette route nationale
Et près du ruisseau jaseur qui doucement dévale.

Et dans la nuit noire, on se sent glacés,
Une couche blanche s’étale sur les prés.
VIESSOIX, village paisible aux toits givrés,
Nous semblons te veiller, vainement harassés.

Il faut dans cette solitude flegmatique
Toujours veiller, c’est le problème énigmatique….
Malgré cela, seul dans ce charme bucolique,
J’essaie de bâtir ces lignes peu poétiques.

Voici qu’au cours de mon incertaine mission,
Ce cadre, soudain, se remplit d’animation:
Un monstrueux convoi, avec obstination,
Vole lourdement vers une proche station.

Cest encore le chant du coq, nocturne bavard,
Lancé à son semblable quelque peu en retard,
Un mugissement surgit lentement au hasard,
Enfin, c’est l’Angélus, éclatant comme un pétard!

Afin que de ce tableau, rien ne soit délaissé,
Je songe doucement au bon vieux temps passé,
Aux malheurs du Pays qui lui ont succédés,
Souhaitant surtout la paix et nos libertés!

 

Retour