La catastrophe ferroviaire de 1911

7 morts et 9 blessés

   

Le dimanche 15 janvier 1911, le train de voyageurs n°407 quitte Saint-Germain-de-Tallevende à 14h11 à destination de Mortain, sur la ligne de Saint-Hilaire-du-Harcouët. Au moment où le train 407 quitte la gare, une machine libre (locomotive et tender) part du lieu-dit les Maures (Manche) en marche arrière, poussant devant elle un wagon, et descend vers Saint-Germain-de-Tallevende pour prendre en remorque un train de marchandises resté en panne dans la gare.

Un oubli, une négligence, une mauvaise interprétation de dépêche, fit que cette locomotive fut expédiée alors que l'expéditeur aurait dû prévoir la possibilité d'une rencontre avec le train n°407. Ce train de voyageurs roulait à 45 km/h. Arrivé au-delà du passage à niveau n°15, à environ 2,500 km de la gare de Saint-Germain-de-Tallevende, à l'endroit où la ligne de chemin de fer forme une courbe pour aller couper un peu plus loin la route Vire-Sourdeval, il se trouva en présence de la machine de secours qui arrivait à grande vitesse.

Dans le fourgon venant des "Maures" qui allait être broyé, se trouvaient dans la vigie, les trois cheminots, portant leurs regards vers la voie qu'ils parcouraient. Sur la locomotive de train de voyageurs n°407 avaient pris place le chauffeur et le mécanicien et dans le fourgon à bagages, en arrière, le conducteur. Sur cette voie unique, la collision est donc inévitable et un choc épouvantable se produisit.

Sous la violence du choc, le fourgon poussé par la machine libre fut réduit en miettes, le tender de la locomotive libre se soulève et retombe sur l'avant de la locomotive du train de voyageurs, cabrée à plus de 3,50 mètres du sol.

Aussitôt le choc produit, un employé, qui se trouvait dans le train, a le temps d'ouvrir hâtivement les portières de tous les wagons pour faire descendre rapidement les voyageurs. Il détacha les wagons du train 407 mais leurs freins n'étant pas bloqués, ils dévalent alors la pente jusqu'au passage à niveau n°8 de Saint-Martin-de-Tallevende, près du moulin de la Dathée.

Les secours...

Organisés par le chef du dépôt des machines de la Gare de Vire, qui, par un heureux hasard se trouvait dans le train.

Le conducteur du train de voyageurs n°407, malgré ses blessures, se porta aussitôt au secours de ses collègues et aida à transporter les blessés.

Les habitants des maisons voisines, accoururent aussitôt, se joignirent au garde-barrières pour retirer les blessés du milieu des débris. Les docteurs Pelvet et Porquet, médecins du Chemin de Fer de l'Ouest Etat, prévenus successivement à leur domicile virois s'empressèrent de se rendre sur les lieux de cet accident ferroviaire.

Le Docteur Porquet, muni d'objets, de pansements transportés dans une voiture arrivait en 30 minutes à la "Huberdière", suivi bientôt par le docteur Pelvet qui apportait la boîte de secours de la gare. D'autres voitures pour les blessés partirent au même moment de la gare.

Le bilan de la catastrophe est particulièrement lourd. Malgré l'efficacité des secours on dénombre sept morts et neuf blessés, parmi lesquels sept voyageurs. Comme il était impossible de soigner sur place les blessés graves, ils ont été transportés à l'aide de voitures à l'Hôtel Dieu de Vire où le Docteur Pelvet leur donna des soins.

Après le départ de Vire des premiers secours, le bruit de cette terrible catastrophe se répandit rapidement et un nombre considérable de gens dévoués et de curieux se transportèrent sur les lieux, les uns en voitures, les autres en automobiles, de Vire, Sourdeval, Mortain... pour voir ce premier accident de train dans la région. Toute la nuit jusqu'au lendemain matin 9 heures, on dégagea les morceaux de ferraille pour dégager les corps des chauffeurs, du garde-frein et de l'homme d'équipage du train n°407.

Les obsèques des victimes, tous employés des Chemins de Fer de l'Ouest Etat et appartenant à la station de Vire, ont eu lieu le mercredi 18 janvier, à 10 heures, en l'église Notre-Dame. Auparavant les sept cercueils étaient exposés dans la salle du rez-de-chaussée de l'hôtel de ville, décorée en chambre mortuaire.

Le clergé de Notre-Dame ayant fait la levée des corps, le cortège se mit en marche pour se rendre en l'église en traversant la place de l'hôtel de ville et longeant la rue Chaussée.

En tête, après le clergé, venaient les tambours et les clairons des sapeurs-pompiers, la musique municipale, puis les membres de la caserne des pompiers et de la société de gymnastique de l'avenir.

Les trois premiers dont l'inhumation ne devait pas avoir lieu à Vire étaient placés sur des corbillards et les trois autres portés par leurs collègues.

Les obsèques du conducteur du train venant des "Maures", septième et dernière victime, ont eu lieu en l'église de Neuville, l'après-midi.

 

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